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Interview de Mme Ndéye Khady Gueye : Administrateur du FPE: (IL est Midi du 10/03/2007)
"Pour un Sénégal émergent, 40 milliards de crédit ont été consentis par le FPE"
Administrateur du FPE depuis mai 2003 et économiste de formation, Ndèye Khady Guèye est titulaire d’une maîtrise en Sciences Economiques et d’une licence en Lettres Modernes option « Anglais - Espagnol ». Elle est dans un programme de master en leadership et études libérales et d’un autre de finances.
Avant d’être Administrateur du FPE, elle a été conseiller technique du Président de la République en assurances, puis a eu la charge du secteur privé.
« IL EST MIDI » : Quel est l’objectif du FPE ?
Le FPE a une mission bien déterminée. Elle consiste à faciliter l’accès au crédit. Nous offrons aussi aux banques et institutions de finance, une garantie de premier ordre au profit des PME.
Nous avons une autre mission qui est de combler l’insuffisance des fonds propres des PME et nous assurons aussi l’interface entre les bailleurs de fonds et le système bancaire au Sénégal.
Cette mission, nous l’exerçons au travers de divers produits qui sont un Fonds de Refinancement, de Garantie, de Prêts Participatifs.
Nous sommes intervenus ponctuellement pour accompagner quelques projets de l’Etat qui présentaient un intérêt public au travers d’un produit que nous avons créé et qui est appelé Crédit Relais, en complément d’un autre qui est le Fonds de Promotion des NTIC.
Comme le FPE est de plus en plus connu, nous nous sommes employés à banaliser ses produits, qui ont été présentés de manière très ésotérique au départ, mais ils sont maintenant à la portée de tout le monde. Nous sommes essentiellement un organisme de refinancement c'est-à-dire un organisme qui donne des ressources à moyen et long terme, aux banques et aux mutuelles d’épargne et de crédit. La garantie n’est rien d’autre que la prise en charge d’une partie du risque qui est porté par nos partenaires quand on a décidé de leur donner des ressources pour qu’ils financent les PME.
A l’avènement de l’alternance plusieurs sociétés avaient connu des problèmes de trésorerie. Le FPE en faisait il partie ? Si oui qu’avez-vous fait pour le redresser ? Et quelle est la situation financière de votre structure ?
Bien sûr que le FPE faisait partie de ces sociétés. IL est de notoriété publique que le FPE était une société qui avait suscité le plus de controverses. A l’avènement de l’alternance, c’était une société qui présentait une situation catastrophique avec des ressources qui s’étaient taries, une profonde léthargie. Le FPE ne s’était pas non plus engagé dans une dynamique de ses ressources humaines. IL se n’était pas non plus exercé à une remise en question de tous ses fondamentaux alors que le contexte évoluait.
IL a été créé dans un contexte de crise bancaire. Quinze ans après, les mêmes produits, les mêmes taux d’intérêt, les mêmes conditions de financement, le même personnel et la même organisation fonctionnelle subsistaient.
Lorsque j’ai été nommée en 2003, j’ai essayé d’évaluer ce qu’il fallait faire pour continuer d’exister, faire évoluer le Fonds et le recentrer essentiellement sur sa mission d’origine.
A votre prise de fonction, quel était le contenu de la lettre de mission que vous a adressée le Président de la République ?
Le Chef de l’Etat a toujours été très sensible au FPE. En tant qu’économiste, il a vu très tôt que c’était un instrument qui pouvait être très important pour le développement du Sénégal s’il était utilisé à bon escient.
La mission était de procéder à une mutation institutionnelle du FPE vers une banque. Actuellement le dossier d’agrément bouclé depuis quelques mois a été déposé à la BCEAO pour étude.
Quels sont les projets financés par le FPE ?
Il faut d’abord ajouter le parc automobile avec les bus TATA, les tracteurs pour le secteur agricole, la construction de cliniques entre autre. Je suis entrain de faire les statistiques des réalisations du FPE depuis sa création. J’ai commencé par les réalisations depuis 2000 et je pense que nous allons terminer très bientôt le travail des années 92 à 2000 pour pouvoir comparer son évolution sur les deux périodes. Entre 2000 et 2006, le nombre de projets financés est de 4 294. les emplois permanents qui ont été créés sont de 26 487 dont 14 922 emplois pour les hommes et 11 565 emplois pour les femmes. Il a été également créé dans cette période, 105 011 emplois temporaires dont 104 845 pour les hommes et 166 pour les femmes. Ce qui fait un total d’emplois créés de 131 498 dont 119 467 emplois pour les hommes et 11 731 emplois pour les femmes.
Ces chiffres concernent un montant total de refinancement de 24 866 232 966 fcfa et n’incluent pas les fonds qui ont été injectés dans le secteur de la pêche dans lequel nous avons maintenu au moins 1500 emplois. Je voudrais aussi dire que nous sommes présents dans tout le pays et que nous travaillons avec les mutuelles d’épargne et de crédit installées dans toutes les régions.
Nous ciblons les zones où le gouvernement peut efficacement lutter contre la pauvreté. A l’origine, l’essentiel des financements concernait Dakar, ce que nous nous sommes efforcés de corriger conformément à la volonté du Président de la République.
La procédure à suivre ?
La procédure est très simple. J’ai dit tantôt que nous étions essentiellement un fonds de refinancement. Ce sont les banques et les mutuelles d’épargne et de crédit qui nous envoient des dossiers. Je me plais toujours à rappeler que le FPE ne peut pas financer directement un individu ou une société. L’Etat nous confie des lignes de crédit qui lui sont allouées et nous devons les exécuter conformément à l’accord de prêt qui lie l’Etat du Sénégal au bailleur. Nous avons un mode d’intervention qui est prédéfini, et nous donnons nos ressources aux mutuelles et aux banques. Il est, par ailleurs, important de rappeler que le FPE est en convention avec toutes les banques du Sénégal. En, plus, nous avons dans notre portefeuille, actuellement près de 65 mutuelles d’épargne et de crédit. Nous recevons énormément des demandes d’agrément des mutuelles d’épargnes et de crédit que nous ne pouvons pas toutes agréeér pour des raisons techniques.
Quelles sont les difficultés que rencontrent les opérateurs économiques pour être financés par le FPE ?
Le dispositif est très incitatif, contrairement aux banques dont le mécanisme est plus contraignant. Le FPE accompagne les banques dans le risque qu’elles prennent lorsqu’elles décident d’intervenir dans un dossier. Donc les entrepreneurs qui ne disposent pas de garanties suffisantes ont parfois du mal, malgré la garantie du FPE , à accéder à un financement. Nous essayons de contourner ces difficultés en demandant aux sénégalais de s’endetter en fonction de leur capacité d’endettement.
Des projets présentent parfois un très bon profil et peuvent supporter les amortissements, mais nous ne pouvons malheureusement pas toujours les financer parce que notre plafond de garantie est fixé à 50% et le promoteur ne peut pas nous offrir suffisamment de garantie pour que nous puissions convaincre les banques. Nous contournons cette difficulté en orientant les clients vers les mutuelles d’épargne et de crédit ; mais avec ces dernières, on ne peut pas financer certains projets d’envergure.
Quel rôle joue le FPE dans le cadre de la lutte contre la pauvreté menée par le gouvernement ?
Nous sommes très présents dans la micro finance. Nous sommes un organisme de référence. Et par l’intermédiaire des mutuelles d’épargne et de crédit, nous finançons énormément de projets. L’essentiel de ces projets et l’essentiel des emplois sont créés paradoxalement par le IMFS.
En plus de vos fonctions administratives vous soutenez le Président à travers des mouvements de soutien. Qu’est-ce qui explique cette motivation ?
Soutien politique oui, parce que le Président mérite d’être soutenu. Je soutiens le Président depuis 1988. le mouvement que j’ai créé est essentiellement axé sur le développement. Et c’est ma présence au Fonds de Promotion Economique qui m’a inspiré ce mode de soutien. C’est un soutien que je pense actif. Un soutien par lequel nous essayons de créer des conditions d’autonomie de nos membres. Nous n’avons pas beaucoup de moyens, c’est vrai, mais nous essayons d’aider nos membre avec le peu que nous avons. J’ai opté, pour le moment donc, pour cette forme de soutien qui, je pense, peut aider véritablement le Président de la République dans sa mission.
Quelle impression avez-vous sur la parité ?
Parité, je l’ai vécue. Ma mère a représenté le Sénégal à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies en 1967 et pendant plusieurs années, elle a siégé pour le compte du Sénégal à la Commission de la condition de la Femme à l’Assemblée Générale des Nations Unies.Elle était très engagée en politique et s’est beaucoup battue pour la cause féminine. Avec des femmes comme elle, des avancées significatives ont eu lieu, qui concernent le statut de la femme. Ainsi, pour la parité, elle était dans les combats pour l’égalité. Quant à moi, je n’ai jamais nourri de complexe d’infériorité par rapport aux hommes. J’ai toujours côtoyé les hommes à l’école, à l’université, au travail, mais jamais je n’ai subi leur ascendant, en ce qui concerne les performances (notes), les résultats etc.
Quelle lecture faites-vous de la politique au Sénégal ?
La politique, qu’on le veuille ou non, tout le monde la vit. Etymologiquement, le terme signifie l’art de gérer la cité. Chacun, dans le domaine qui le concerne, gère plus ou moins la cité à un niveau de responsabilité et de compétence. C’est l’ensemble de ces actes qui s’agrègent, pour former un tout que les sénégalais ont dernièrement jugé, avec lucidité, globalement positif.
Propos recueillis par Mamou AW |